Hubert RIPOLL

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Le sport est un terrain privilégié de résilience

Par Prof. Hubert RIPOLL[1]

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de la Banque mondiale, le monde compte en 2016 un milliard de personnes handicapées. Soit 15 % de la population mondiale. Parmi ces personnes, environ 150 millions ont un handicap sévère, qui provoque d’importantes difficultés de mouvement ou d’accès à l’autonomie. Combien de ces personnes auront la capacité de vivre avec leur handicap ? Et parmi elles, combien atteindront leur résilience par le sport ? Car le sport est un terrain privilégié de résilience. La résilience consiste en la capacité, pour un individu ayant subit une blessure psychique, à prendre acte de l’événement traumatique pour ne pas sombrer dans la dépression et à réinvestir sa blessure de manière à en faire quelque chose de positif. Bien que toutes les activités humaines soient susceptibles d’être investies par une personne blessée psychiquement, le sport paraît être pour les personnes handicapées un exceptionnel terrain de résilience. Ce constat découle de l’enquête réalisée pour La résilience par le sport[2], menée en collaboration avec 24 championnes et champions handisports, devenues numéros un dans leur domaine ou ayant accompli des exploits sportifs. Ceci pour plusieurs raisons : La fonction déficiente et le corps blessé, facteurs de limitation, de souffrance et de stigmatisation sociale, en étant investis dans une activité sportive, sont vécus comme source de progrès, d’autonomie renforcée et de plaisir. En mettant le corps en œuvre, l’infirmité devient exemplaire et montrable. La communauté du handisport offre à ses membres un exceptionnel terrain de partage d’expériences et d’entraide qui permet à la personne handicapée de mieux accepter son handicap, de sortir de « l’entre-deux » et d’affirmer son identité sociale. Enfin, la pratique sportive s’avère être un exceptionnel vecteur de réalisation et d’accomplissement de soi. Ces différents facteurs produisent une transformation psychologique radicale de la personne blessée, entraînant des effets majeurs sur l’image de soi, l’estime de soi et la confiance en soi. Au final, et grâce au sport, la personne handicapée accède à une meilleure intégration sociale. Ayant parcouru le long chemin au cours duquel elle aura mené de rudes combats, la personne blessée  pourra, selon l’expression de Boris Cyrulnik[3], vivre son handicap comme « un merveilleux malheur ». Une expression que les champions ayant participé à l’enquête reprennent à leur compte. Ayant tous accomplis des exploits et étant devenus, tels Philippe Croizon[4], Marie-Amélie Le Fur[5], Élodie Lorandi[6], Sandrine Aurière-Martinet[7], Cécile Hernandez-Cervellon[8]…, des stars médiatiques, sinon des icônes, on pourrait penser que leur résilience tient surtout à leur statut social de champion. Il n’en est rien. Ayant étendu l’enquête à des sportifs handicapés, pratiquant dans un but de loisir, ceux-ci déclarent avoir accédé au bonheur et s’être accomplis dans la vie. Ainsi, leur sentiment de bonheur et d’accomplissement – évalué par une échelle de Lickert – est identique à celui des champions. Preuve s’il en est que ce n’est pas la réussite sportive et sociale qui est source de résilience mais la façon dont la personne s’investit et s’accomplit dans et par le sport. Ainsi, La résilience par le sport permet de comprendre comment ces championnes et ces champions d’exception ont franchi les différentes étapes qui leur ont permis de se dresser malgré leurs blessures. Comment et par quels processus ils ont été capables d’accomplir des performances et des exploits qui défient les imaginaires les plus osés. Ce qui les a poussé à transcender leurs blessures afin de devenir des « héros ». Et si la capacité de résilience résulte de la rencontre d’une personnalité avec un environnement affectif et social, comment ces facteurs se sont exprimés au cours de leur histoire. Leurs témoignages, salutaires pour tous, handicapés ou valides, sportifs ou non sportifs, nous offrent une belle leçon de vie.

Devant un tel constat, il conviendrait pour I3SAW [9] d’inclure le handisport dans ses thématiques de réflexion. Il en va, me semble-t-il, de l’intérêt d’I3SAW et de l’intérêt du milliard de personnes handicapées, dont certaines pourront, grâce au sport, entrer en résilience.

[1] Hubert Ripoll est psychologue du sport.

[2] Hubert Ripoll, La résilience par le sport, Paris, Odile Jacob, 2016.

[3] Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, Paris, Odile Jacob, 2002.

[4] Quadri amputé ayant relié cinq continents à la nage.

[5] Amputée d’une jambe,  triple championne paralympique en saut et courses.

[6] Agénésie de la jambe, championne paralympique de natation.

[7] Mal voyante, championne paralympique de judo.

[8] Sclérose en plaque, vice-championne paralympique de snowboard, globe de cristal.

[9] International Society for Sports Sciences in the Arab World

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